Jeu de rôle et écriture

Dans le cadre du second concours « Vis ma vie de rôliste » sur le thème « Jeu de rôle et écriture » organisé par le site infinite RPG, je vais vous parler de mon expérience personnelle de rôliste et comment je suis venu à l’écriture. Mais d’abord, essayons de répondre à cette question : qu’est-ce que c’est quoi donc, le jeu de rôle ? Le jeu de rôle, ou JDR1, est un jeu dans lequel les participants incarnent un personnage. Ils leurs donnent vie en les faisant agir et parler, comme si les personnages parlaient et agissaient à travers eux, un peu à la manière du théâtre vivant et/ou d’improvisation. On dit alors qu’on joue/fait du Rôle Play, ou RP2. Les genres de JDR sont extrêmement variés, au moins autant qu’il peut exister de genres au cinéma ou en littérature : médiéval (souvent fantastique), futuriste cyberpunk, spatial, post-apocalyptique, steampunk, western, vampires ou loups-garous, etc. Il y en a pour tous les goûts ! Il existe, selon moi, deux principaux types de JDR.

A – Le jeu dit sur table, ou jeu de rôle papier, se joue à plusieurs joueurs plus un maître de jeu qu’on appel généralement MJ3. Le MJ pourrait se comparer à un narrateur, il est celui qui fait vivre l’aventure aux autres joueurs qui incarnent et donnent vie à leur personnage. Ces derniers ont préalablement créé un personnage selon leurs goûts ou en ont choisi un dans le livre de règles et sont représentés par des caractéristiques telles que la force, l’endurance, l’agilité, la volonté et le charisme. Pour schématiser grossièrement, une partie se déroule à peu près ainsi :

  1. Description : le MJ décrit une scène qui se déroule devant les personnages des joueurs
  2. Réaction : si leur personnage réagit, les joueurs jouent et décrivent l’action de leur personnage
  3. Test : généralement, le MJ demande alors un jet de dés que l’on compare à une caractéristique pour savoir si l’action réussit ou non
  4. Résolution : le MJ décrit ce que les actions réalisées ont comme effet.

Par exemple :

MJ : Alors que vous marchez sur le sentier depuis un peu plus d’une heure, des brigands jaillissent des buissons devant et derrière vous, vous barrant la route. Il y en a trois devant et deux derrière, tous armés d’épées bâtardes hormis celui qui semble être le plus costaud qui porte une hache à deux mains. Celui-ci s’exclame : « Halte ! La bourse ou la vie ! » Que faites-vous ?

Elwenna (archère elfe) : Je saisis mon arc et j’encoche une flèche tout en visant la gorge du costaud grâce à mes réflexes elfiques aiguisés.

Paltos (guerrier nain) : Je dégaine ma hache et me met en posture de combat en disant : « Ah oui ? Vous feriez mieux de déguerpir avant de tâter de ma hache ! »

Silf (voleur humain) : Je… Plonge dans le buisson le plus proche !

Galfur (mage demi-elfe) : Je me place dos à Paltos et je commence à incanter un sort de boule de feu à voix haute : « Alvotam vas garum… Par le feu de Pira » ! Des flammes naissent dans mes paumes alors que je concentre ma magie (il mime le geste)

Le MJ va alors demander à tous les joueurs de lancer un ou plusieurs dés correspondant à la caractéristique utilisée (par exemple : la compétence d’archerie et d’agilité de l’elfe, la compétence d’esquive ou d’acrobatie pour le voleur) pour comparer le résulta à une difficulté et déterminer si l’action est réussie ou non.

JDR

Source ffjdr.org

Petit kit de survie du rôliste sur table :

  • Un MJ (débutant ou confirmé) avec une aventure
  • Une feuille de personnage, un crayon et une gomme
  • Des amis (un club peut être un bon point de départ, il y en a forcément un près de chez vous)
  • Quelques dés4
  • Gâteaux, bonbons, soda ou café, pizza…
  • Votre imagination et de la bonne humeur !

Une variante du JDR sur table est le grandeur nature, appelé GN. La principale différence tient au fait que les parties se déroulent le plus souvent en extérieur, dans un lieu loué pour l’occasion par une association (château, parc) ou prêté gracieusement, et que tous les personnages, y compris les rôles des ennemis et des monstres, sont interprétés par des joueurs, ce qui représente souvent beaucoup de monde. Les personnes qui y participent viennent costumés pour incarner leur personnage. Les parties sont organisées des mois à l’avance et durent généralement tout un week-end. Pour plus de renseignements sur les GN, je vous invite à consulter le site de la FédéGN.

Une autre variante est le JDR par forum, ou textuel. Tout y est identique à un JDR sur table à la différence que les joueurs ne sont pas dans la même pièce… ni même autour d’une table, en fait. On décrit ses actions en écrivant, on peut parler au MJ en privé en lui envoyant un message (c’est très discret pour les personnages un peu fourbes!). Forcément, c’est beaucoup plus lent, mais ce que l’on perd en jeu de rôle (dans le sens jeu incarné) on le gagne en qualité de l’écrit. Je trouve que ce style est une parfaite charnière entre le JDR papier et le point suivant. Paye ta transition !

B – Le MMORPG, ou jeu de rôle massivement multi joueurs, n’est pas à dénigrer. C’est une catégorie un peu fourre-tout dans le sens où le terme peut être trompeur et se trouve souvent galvaudé. En effet, rien ne vous garantit qu’en jouant à un MMORPG vous ne jouerez qu’avec des rôlistes, loin s’en faut ! Cela demeure cependant une excellente plateforme pour peu que l’on trouve des joueurs qui partagent notre passion. Ne pas confondre avec un simple MMO, le « RPG » est primordial5 ! Dans un MMORPG les parties règles et jets de dés sont gérées entièrement en temps réel par la programmation du logiciel. Dans des guildes il n’est pas rare de voir s’organiser des quêtes scénarisées par un MJ mais, contrairement à un joueur vivant, l’avatar numérique ne peut pas mimer toutes les actions à l’aide des animations programmées dans le jeu. On devra alors décrire l’action à l’aide de balises comme *regarde untel avec un air suspicieux* ou <éclate de rire>. Il faut toutefois reconnaître que le rôle play sur un MMORPG se passe en majorité hors de l’action, le plus souvent autour des tavernes. On pourrait le qualifier de Rôle Play social, ce qui n’est pas péjoratif, ou de RP d’intrigues. Le principal avantage réside dans le fait qu’il n’est pas nécessaire que votre personnage soit aventurier et sache se battre, mais peut tout à fait être une serveuse, un politicien intègre (quand je vous dis que tout est possible), un videur, une marchande de pommes espionne, etc. Si l’on devait comparer le rôle play entre les JDR sur table et un MMORPG, je pourrais dire, de façon volontairement simpliste, que le JDR représente la partie action-aventure et que le MMORPG représente le RP pendant les phases de repos.

Quel que soit le support que vous choisissez, il y a un point commun très important auquel il faut penser et garder à l’esprit, ce qui fait la trame de votre personnage, sa personnalité, ce qui le rend unique : son background. Le background, ou BG, est l’histoire du personnage, ce qu’il a vécu avant, sa famille s’il en a, son enfance, ce qui le motive, ce qu’il craint, etc. Cela peut sembler évident, mais vous ne jouerez pas un orphelin qui a grandi dans la rue pour survivre, un fils de bourgeois sortant d’une école militaire et un elfe des bois raffiné de la même manière. Tout comme au théâtre les différents personnages n’ont pas la même personnalité, ce qui est valable pour nous, êtres de chaire et de sang, l’est aussi pour les êtres issus de notre imagination. J’ajouterai qu’un personnage sans personnalité, trop lisse, sans défauts, surhumain ou au BG déjà vu cent fois sera beaucoup moins intéressant pour les autres joueurs. Une petite astuce simple : si vous lui octroyez un avantage comme de la prestance ou la beauté, ajoutez lui un petit malus en conséquence, une fêlure qui le rendra plus… humain.

Mon background de rôliste

Je n’ai jamais été un grand dévoreur de papier, même maintenant. Honte à moi. Mes passions sont plutôt numériques, vidéo ludiques, avec un clavier et une souris de préférence. Je suis tombé dedans depuis tout petit, avec un Amstrad 6128, un Amiga 2000, un Atari 520ST, puis un PC.

J’ai découvert le jeu de rôle avec une série de livres dont vous êtes le héros dans la collection l’Œil Noir vers le début des années 80, je devais avoir entre 12 et 14 ans. Au début de chaque livre, vous créez un personnage avant de partir à l’aventure au chapitre 1. A la fin de chaque chapitre, un choix multiple vous est proposé et, suivant le choix que l’on fait, on saute au chapitre indiqué pour connaître la conséquence de ce choix. Les histoires comportaient de véritables challenges et il n’était pas rare que mon personnage meure et que je doive reprendre l’aventure depuis le début. C’était une découverte à plus d’un titre, une petite révélation. Je n’étais plus restreint au choix des concepteurs de jeux vidéo, je pouvais créer et devenir le personnage que je voulais. Cependant, c’était toujours un loisir solitaire.

Quelques années plus tard, mon meilleur ami m’a initié à un jeu qu’il venait d’acheter. Le livre des règles me paraissait très épais comparé aux livres de poche que je lisais et la couverture était super. C’était Shadowrun, première édition. Un JDR futuriste avec de la technologie et de la magie. Nous y jouions avec des amis et de ce groupe d’amis est né un club de jeux de rôles. J’ai ainsi pu m’essayer à tout un panel de jeux divers et variés, du mythique Donjons & Dragons à Vampire la mascarade en passant par Star Wars. Deuxième révélation, je pouvais jouer en direct avec des amis et improviser sans être obligé de faire tel ou tel choix rigide. Déjà il fallait écrire un BG pour ses personnages, être inventif, se renouveler. Comme une rédaction, mais en tellement plus amusant ! Je peignais même des figurines pour représenter mes personnages sur les cartes. Comme quoi, le jeu de rôle ouvre à tout un univers.

J’ai ensuite fait la découverte d’un tout nouveau genre de jeu vidéo encore inédit en France, je ne me souviens plus dans quelle circonstance : le MMORPG ! Je vais faire mon vieux, mais imaginez que cela se passait avant l’apparition de l’ADSL, avec une connexion digne d’un fax, des forfaits limités et hors de prix… Bref, c’était The 4th Coming (T4C, La 4ème Prophétie). C’était moche, voire très moche. Des personnages qui se ressemblent tous, figés et qui ne savent pas courir ni même s’asseoir, des animations minimalistes dignes d’une console 8 bits, une résolution horrible, des files d’attente qui dépassaient souvent l’heure pour entrer sur des serveurs limités à 250 joueurs. Mais c’était gratuit ! Le point positif était que, puisqu’il s’agissait de l’unique offre dans le genre, la communauté de rôlistes était très importante. A ce jour, La quatrième prophétie reste l’un de mes souvenirs de rôle play en ligne les plus marquants. C’est sur ce jeu que naquis la première Silwenne avec un concept encore jamais vu : elle était lesbienne. Evidemment, j’ai conscience qu’aujourd’hui ce n’est plus, mais plus DU TOUT, original. Mais, à l’époque, c’était révolutionnaire !

Capture d'écran de T4C : Ombre-Lune Gx (mon perso) et son époux Neptune Gx

Capture d’écran de T4C : Ombre-Lune Gx (mon perso) et son époux Neptune Gx

Quel rapport avec l’écriture, me direz-vous ? J’y viens, justement. Très vite, j’ai ressenti le besoin d’écrire sur les forums ce que mes personnages éprouvaient, ce qu’ils ne disaient pas, de leur prêter mes doigts sur le clavier en me faisant leur messager, un simple intermédiaire en quelques sortes, par le biais d’un journal intime ou de poèmes. Je n’aurai probablement jamais écrit de poème sans cela. Ce que vivaient mes personnages était une telle source d’inspiration ! J’ai joué à T4C jusqu’à la fermeture des serveurs de GOA et je me suis aussitôt mis à la recherche d’un autre support pour pouvoir étancher ma soif de création. Cela peut sembler étrange, mais je cherchais plus à trouver un nouveau jeu qu’à écrire simplement, j’avais encore besoin d’une base, j’avais besoin de l’émotion que procure le jeu de rôle pour y puiser l’inspiration, comme une symbiose.

C’est ainsi que je me suis laissé tenté par Dark Age of Camelot, Neverwinter Nights (serveur privé RP Faltazia), World of Warcraft, Rift, Aion, et Guild Wars 2. A chaque fois je créais une nouvelle Silwenne, je m’y étais attaché. Elle était devenue ma muse. Sur tous ces jeux, je me suis concentré sur le Rôle Play online en délaissant la partie offline, les forums, par manque de temps. Il faut dire que jouer toute la nuit et travailler la journée ne laisse pas beaucoup de temps pour écrire. Il faut dire aussi que j’étais un peu lassé des univers médiévaux fantastiques qui finissent par se ressembler tous. J’ai créé un premier site pour y recueillir les traces de mes anciens textes avant qu’ils ne soient totalement perdus dans les archives du net. La première version des mémoires de Silwenne qui fut un projet finalement avorté. Je le reprendrai peut-être un jour, qui sait ?

Puis, il y a un peu plus de deux ans, un ami rencontré sur des MMORPG (on peut se faire de vrais amis sur les MMORPG sans s’être jamais vu) me parle d’un jeu en développement. Un jeu futuriste et qui offrirait une grande liberté. Intéressé, je me rends sur le site internet de Star Citizen et, effectivement, ça avait l’air très prometteur. Seul défaut : le jeu ne sortirait pas avant deux ou trois ans ! Que faire en attendant ? J’avais besoin d’écrire un BackGround pour mon futur personnage et je disposais de tout mon temps pour faire les choses bien. C’est ainsi qu’est né ce blog, car, oui, cette histoire de plus de 60 chapitres est mon BG ! Bon, sauf que d’habitude un BG est plus ou moins secret… Je crois que, pour le coup, c’est un peu raté.

Le jeu de rôle, quel que soit le support, peut-il susciter des vocations d’écrivain ?

A votre avis ? Aujourd’hui, grâce à internet, écrire et se publier est devenu beaucoup plus facile. Il n’est même plus nécessaire de passer un contrat avec une maison d’édition et je connais bon nombre de joueurs et joueuses qui se sont auto édités. Le choix est vaste ! Vous pouvez passer par une plateforme comme lulu.com, le financement participatif ou tout simplement choisir l’option du livre numérique comme je l’ai fait. Par contre, il faut être réaliste : c’est surtout pour son plaisir personnel et celui de ses proches. N’espérez pas devenir riche et célèbre. Bien sûr, je vous souhaite sincèrement que cela arrive, mais que cela ne soit pas votre principale motivation. On écrit avant toute chose parce qu’on en a besoin, comme moyen d’expression, et qu’on aime ça. Pour certain ce sera la musique, pour d’autre la peinture ou le dessin. Le besoin viscéral, oserai-je dire vital, de créer.

Est-ce que j’aurai écris sans le jeu de rôle ?

Probablement pas. Je serai devenu un joueur de jeux vidéo comme les autres. Peut-être un de ceux qui énervent les rôlistes pendant qu’ils jouent tranquillement sans rien demander à personne, sautillant et floodant comme un goret. Loin de moi l’idée de dénigrer les joueurs classiques, chacun trouve dans le jeu une source de plaisir, l’important est de savoir respecter les autres. J’aime à croire que les rôlistes ont un je-ne-sais-quoi de plus qui les rend, de mon humble point de vue, infiniment plus intéressants. Ne serait-ce que par le respect de l’autre par ce que nous savons écouter… Ou lire.

Pour conclure, je pense que ce qui caractérise le plus les rôlistes est l’imagination. Grâce à elle, nous inventons des mondes et des personnages auxquels nous donnons vie, nous imaginons ce qui n’existe pas grâce à une simple description et nous nous projetons dans cet univers que nous réussissons à rendre réel. A bien y regarder, il se passe exactement le même phénomène lorsque nous lisons. Les livres et les jeux de rôles racontent tous les deux des histoires, souvent épiques, nous font vivre des aventures au travers de héros et d’héroïnes, nous transportent dans d’autres mondes, d’autres époques. Ne dit-on pas que la lecture stimule l’imagination ? Eh bien, il en va de même pour le JDR. Il n’est donc pas étonnant que le jeu de rôle et l’écriture soient intimement liés, car ils partagent cette même caractéristique qui permet de créer tout un univers par la puissance de notre esprit et le talent des conteurs, des maîtres de jeu, des autres joueurs et joueuses, et des écrivains.

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  1. RPG, pour Role Playing Game, en anglais
  2. En jeu en ligne on peut aussi dire IC (In Character) mais c’est moins courant
  3. Aussi appelé DM (Dungeon Master) ou GM (Game Master)
  4. Il existe bien des sortes de dés qu’on désignent par la lettre D plus le nombre de faces. Le plus connu est le D6 des jeux de société, mais il y a aussi le D4, D8, D10, D12 et D20 pour les plus fréquents
  5. World of Tanks ou Battlefield sont des MMO parce que massivement multi-joueurs, mais ils n’ont rien de RP