Hors Série #3

C’était l’été de l’année 2233. Silwenne et ses amis s’étaient tous retrouvés sur l’archipel d’Hawaï pour fêter leurs diplômes. Pour beaucoup c’était la première fois qu’ils partaient ainsi sans leurs parents, surtout aussi loin. Le petit groupe d’amis était au nombre de huit, trois garçons et cinq filles, tous âgées entre 21 et 24 ans. Il y avait Lysa, Lucile-Ann, Stacy, Kate et Silwenne côté filles, Ted, Brian et Tom côté garçons. Ted et Lysa étaient ensemble depuis six mois, Brian et Stacy depuis deux mois. Les quatre autres étaient célibataires et Tom s’était dit en venant qu’il n’aurait que l’embarras du choix parmi les trois filles restantes. Ce qu’il ne savait pas, c’était qu’il n’y avait guère que Lucile-Ann qui le trouvait à son goût, Kate et Silwenne préférant, semblait-il, rester seules pour le moment.

Ce voyage était non seulement l’occasion de fêter la fin de l’année scolaire, mais aussi de se quitter car, la plupart ne se révéraient probablement jamais à présent qu’ils allaient entrer dans la vie active et, se faisant, s’expatrier aux quatre coins du monde. Leurs parents les avaient accompagnés jusqu’à l’aéroport international John-F.-Kennedy, l’ambiance était joyeuse dans les rangs des jeunes, mais un peu moins dans celui de leurs géniteurs qui cachaient tant bien que mal leur appréhension de voir leur progéniture s’envoler sans quelqu’un pour les chaperonner.

La destination choisie fut l’île O’Ahu et, plus précisément, la plage de Sunset Beach, réputée pour ses vagues et sa compétition de surf. Le groupe avait réservé deux bungalows face à la mer. Dés leur arrivée, la chaleur avait été étouffante avec des pointes régulières à plus de 32°C, heureusement rendue supportable par le vent et les nombreux abris offrants de l’ombre. Le programme du séjour était simple : fiesta, plage et sexe pour les uns, visites touristiques pour les autres. Les deux jeunes couples passaient le plus clair de leur soirées à l’écart des autres, trouvant toujours un bon prétexte pour s’isoler à n’importe quel moment de la journée, pour des raisons faciles à deviner, ce qui ne manquait pas d’amuser leurs amis qui se ne privaient pas pour se moquer d’eux. Mais, petit à petit, cela avait aussi eut pour conséquence de faire des envieux, d’allumer quelques brasiers invisibles. Dans ces conditions, et le contexte des vacances aidant, il ne fallut pas attendre longtemps pour que Tom et Lucile-Ann se mettent ensemble après que Tom se soit fait gentiment rembarré par Silwenne.

Cela faisait deux semaines que le groupe d’amis était dans l’archipel. Kate et Silwenne, malgré leur complicité, leur attirance inavouée réciproque, et le fait qu’elles se retrouvent généralement seules ensemble la nuit, n’avaient pas franchis le pas. Les deux amies étaient, et serait probablement toujours, des amies, et rien de plus. Jusqu’à ce soir là. C’était la veille du départ pour rentrer à New-York. Les huit amis fêtaient une énième fois leurs vacances et, cette fois-ci, la fin de leur séjour. La fête avait durée une bonne partie de la nuit. Ils avaient beaucoup dansés et bu, à tel point que c’est un peu ivre que Kate et Silwenne rejoignirent leurs lits.

L’alcool aidant, les deux jeunes femmes étaient hilares, s’aidant l’une et l’autre pour marcher à peu près droit. Arrivées dans la chambre, Kate s’écroula sur son lit en entraînant Silwenne dans sa chute. Bien incapable de se dévêtir sans aide, Silwenne entreprit d’aider son amie à se coucher, jusqu’à ce que celle-ci prenne son visage entre ses mains et pose ses lèvres sur les siennes. Il y eut un moment de flottement, de gêne et de trouble, rapidement balayé par un éclat de rire complice et amusé, suivit d’un autre baiser, puis d’un troisième nettement plus torride que les précédents. La barrière du doute et de la retenue était allègrement franchie alors que les jeunes femmes se laissèrent totalement aller à leurs désires jusqu’alors bridés.

Mais, au matin, la gêne de la nuit passée s’invita de nouveau, accompagnée par une gueule de bois, lorsqu’elles s’étaient réveillées, nues, dans les bras l’une de l’autre. Le souvenir de leur ébat était brumeux, fait de flashs incertains, de murmures et d’odeurs de peau. Avaient-elles rêvées ? Les marques de griffures pouvaient aisément témoigner du contraire. Les deux amies devenues amantes, décidèrent d’un commun accord de garder cette nuit sous silence et de ne plus en parler. Ce serait leur secret. Non par qu’elles avaient honte de ce qu’elles avaient fait, leur éducation était très tolérante à ce sujet, mais, à ce stade de leur vie et de leur évolution sentimentale, la honte qu’elles ressentaient était d’y avoir pris du plaisir et, par extension, elles craignaient par dessus tout de gâcher leur amitié. Pour elles, les histoires d’amour finissaient toujours en séparations et, cela, elles ne le voulaient pas.

Ce que Kate et Silwenne ignoraient, c’est que même leur amitié, aussi forte fut-elle, ne pourrait résister à 800 ans de cryostase. Kate regretta toute sa vie de ne pas avoir répondue à l’invitation de Silwenne lorsque celle-ci lui fit part des épreuves de sélection en vue de préparer la mission Hermès. Elle mourut seule à 52 ans, après avoir vécue une vie dissolue faite de rencontres d’un soir dans lesquelles elle cherchait sans cesse à retrouver ce qu’elle avait laissée filer. La vie de Katherine Sullivan prit fin un soir d’automne, dans la baignoire d’un meublé, après s’être offert un dernier cocktail tequila-barbituriques, une photo entre ses doigts.

Silwenne âgée de 22 ans
Photo de Silwenne Ethael prise par Katherine Sullivan le 11 août 2233.

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