Chapitre 51

Alors que je tombais en chute libre d’une hauteur vertigineuse, une odeur familière me parvint et, instinctivement, je regroupais mes membres dans une position fœtale juste avant que je ne percute la surface du lac. Ma vitesse fut telle que mon corps s’enfonça de près de dix mètres de profondeur dans les eaux sombres et profondes. Au même instant, une puissante explosion déchira le ciel. Le vaisseau de Samketh fut coupé en deux. L’arrière, proche de l’explosion, fut volatilisé en un million de débris qui se consumèrent en rentrants dans l’atmosphère alors que l’avant plongea vers le sol dans une traînée de feu et de fumée noire. La coque de l’astronef se disloqua sous la pression et d’énormes morceaux se détachèrent, s’éparpillant sur son passage avant de s’écraser dans une gerbe de flammes et de métal chauffé à blanc.

Alors que je m’attendais à toucher l’eau dure comme du béton, telle une balle heurtant un mur de plein fouet, une dépression se forma à l’endroit exact où je devais pénétrer la surface liquide, amortissant ma chute en l’accompagnant. Entraînée par ma vélocité au travers d’un phénomène de siphon que je ne parvenais pas à m’expliquer, je fus aspirée un peu plus vers le fond tout en ralentissant rapidement ma course. Durant un court laps de temps, tandis que j’atteignis le bas de l’hyperbole, je me sentis flotter comme en apesanteur avant de remonter vers la surface en nageant. Depuis l’endroit où je me trouvais, les reflets du soleil sur le fond sablonneux du lac et les écailles argentées des bancs de poissons ressemblaient au scintillement de la voie lactée. J’avais bien fait de choisir une armure de cuir huilée plutôt qu’une en métal, et je réussis à regagner l’air libre presque à bout de souffle avant de nager jusqu’à la rive en m’aidant du courant. Ce n’est qu’une fois sur la terre ferme que je laissais l’épuisement prendre le dessus et je sombrais dans un profond sommeil.

A mon réveil, la nuit était tombée. Me redressant, je pus facilement repérer les lueurs des flammes en provenance du lieu de crash et m’y diriger. Je voulais m’assurer que Samketh était bel et bien mort, bien que sa survie eut été hautement improbable, pour ne pas dire miraculeuse. Le vaisseau s’était écrasé à plusieurs kilomètres et il me fallut un moment pour y parvenir en clopinant. Lorsque j’arrivais sur les lieux, je constatais qu’il ne restait pas grand chose de l’astronef qui avait laissé une profonde balafre dans son sillage. Le corps sans vie de l’esclavagiste était toujours dans le poste de pilotage qui avait plutôt bien résisté à l’effroyable l’impact grâce aux matériaux de la coque. Malheureusement, le caisson médical était dans la partie manquante du vaisseau, celle qui s’était volatilisée avec la pile à combustible. A première vue, il n’y avait pas grand chose de récupérable sur l’épave, mais peut-être qu’en fouillant minutieusement et avec les conseils de Zoé, je pourrais obtenir des résultats plus prometteurs. Hélas, le bracelet de communication n’était plus en ma possession et il me faudrait faire le chemin jusqu’à l’Hermès afin d’aller en chercher un de rechange. Je n’avais aucune idée de la distance à parcourir et je me sentais impuissante face à une telle masse de métal broyé. Cependant, je n’avais guère d’autre choix et je me mis en route par le chemin que je commençais à très bien connaitre.

Après quelques jours de marche aller et retour, j’étais de nouveau face au vaisseau. J’avais eus tout le temps pour raconter à Zoé ce qu’il m’était arrivé et la raison de mon silence de plusieurs mois sur le chemin du retour. Après de minutieuses recherches, je trouvais quelques outils qui me seraient bien utiles, tel qu’une visseuse et un nouveau chalumeau. Je ne savais pas avec quoi ils étaient alimentés, mais cela marchait, et c’était tout ce qui comptait. Avec l’aide de l’ordinateur pour me guider, je réussis à me connecter à la base de donnée encore viable de l’épave. C’est ainsi que je mis la main sur le système de radio et son antenne escamotable, et plusieurs autres composants du tableau de commandes qui pouvaient peut-être encore fonctionner. L’épave étant hors d’état, je devrais retourner à l’Hermès afin de tester tout cela.

Il me fallut près d’une semaine pour tout rebrancher à Zoé en tirant des câbles, en faisant des connexions et des raccordements de fortune. J’avais placée l’antenne à la cime d’un arbre qui poussait juste devant l’entrée de mon abri afin de maximiser sa puissance faute de pouvoir correctement la régler sur un ciblage concret. Les radars étaient disposés en triangle et quadrillaient une large zone. Même sans leurs écrans, une fois connectés à Zoé, celle-ci pouvaient interpréter les signaux sans moi et bien mieux que je ne l’aurais fait. Le moment était venu de tester la radio. Revenant à l’intérieur, j’écoutais avec une certaine fébrilité les parasites du cosmos en espérant desceller une voix humaine. Il s’écoula plusieurs minutes durant lesquelles mon cœur bondissait à chaque grésillement un peu différent des autres, mais je n’entendis rien. Mon bref espoir fit place à l’abattement. Ceci étant, je m’attendais aussi à ce que je ne capte rien. La radio était peut-être cassée ? N’étant pas de celles qui renoncent facilement, je décidais malgré tout d’enregistrer un message et de laisser Zoé le diffuser en boucle à intervalles d’une heure avec pour consigne de me sortir de cryostase dans le cas où elle capterait une réponse. Ce message disait ceci.

Mayday Mayday Mayday !

Ici le Docteur Silwenne Ethael, seule survivante de la mission Hermès.
Notre vaisseau s’est écrasé sur une planète inconnue, système solaire inconnu.
C’est une planète massive avec deux énormes lunes en orbite autour d’une naine blanche.

Ceci est un SOS. Demande assistance d’urgence.
Je dispose d’un cryotube encore en état de marche, mais je ne sais pour combien de temps.
Si vous entendez ce message, s’il vous plait, répondez !

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