Chapitre 13

Sans la clarté des deux lunes, il m’aurait été impossible de m’orienter dans la nuit en ne me fiant qu’aux cris de Rig. Selon mon estimation, il devait se trouver à une centaine de mètres. Je ne distinguais que les formes sombres des arbres et des buissons auxquels je m’accrochais. Ce terrain m’était inconnu, ce qui donnait un avantage à Brato. S’il voulait conserver cet avantage et espérer m’échapper, il devrait, tôt ou tard, se débarrasser de Rig qui devait le ralentir. Les cris de l’enfant cessèrent. Pourvu qu’il ne soit pas arrivé un malheur. J’accélérais encore, courant à en perdre haleine. Les branches des arbres et les buissons d’épines me ralentissaient, à croire que la nature ne voulait pas que je rattrape Brato. Soudain, mes pieds butèrent dans un obstacle au sol et je fis une violente culbute. La réception fut douloureuse et je me relevais avec peine. Je m’apprêtais à reprendre ma course lorsque, regardant sur quoi j’avais buté, je reconnus la forme d’un petit corps. Continuer la lecture

Chapitre 12

Tala m’accompagnait afin de me montrer le chemin le plus sûr pour atteindre le village rapidement et sans encombre. Elle ouvrait la marche en chantonnant. Tala semblait presque guillerette, se retournant régulièrement pour voir si je suivais toujours en me lançant un sourire, s’arrêtant brièvement pour cueillir une fleur ou une herbe qu’elle plaçait ensuite dans un pochon qu’elle portait en bandoulière. La forêt était calme et elle me fit passer par des endroits d’une grande beauté naturelle. Des promontoires rocheux surplombants ce décor j’essayais de deviner où pouvait être l’Hermès, mais je ne voyais pour tous repères que la rivière qui serpentait entre des collines boisées. Je devais coûte que coûte récupérer mon bracelet. Continuer la lecture

Chapitre 11

Mili était trop fière pour crier et donner à Brato ce plaisir. Je ne l’avais pas entendue de toute la nuit, et j’aimais encore mieux ça pour Rig, son fils. Ce qu’elle vivait ne devait pourtant pas être des plus plaisants. La nuit dans mon trou puant l’urine n’avait pas été très agréable non plus, dans une moindre mesure. J’en profitais pour réfléchir et écouter les conversations des gardes qui passaient à proximité. C’est ainsi que j’appris que tous n’étaient pas les moutons écervelés que je pensais d’eux. Certains commençaient à se poser des questions et à remettre en cause l’autorité même de leur chef, s’ennuyant de ses frasques et de ses sautes d’humeur imprévisibles. Même eux avaient entendu parler de ce qu’il s’était passé à la rivière et de quelle façon leur camarade s’était retrouvé en ragoût. Il y avait sans doute quelque chose à tirer de ces informations. Continuer la lecture

Chapitre 10

Le soir venu, nous étions de nouveau tous réunis autour du feu dans la grande hutte-dortoir. Ils avaient coutume de se retrouver à la nuit tombée pour se conter des histoires avant que les enfants n’aillent se coucher, les histoires devenaient ensuite moins féériques. Aucun d’entre eux ne m’avait reparlé de ma mésaventure avec le garde, mais je pouvais sentir leurs regards et l’adhésion silencieuse de ce qui lui était arrivé. Ils ne comprenaient pas comment cela était possible, ils étaient seulement heureux qu’enfin la maltraitance ne soit pas impunie. Kal leur avait aussi raconté comment j’étais arrivée, en tuant un garde d’une seule flèche, et comment j’avais survécu alors que j’aurai dû avoir le crâne fracassé par la bolas. Ces histoires avaient alors vite fait le tour du village et, étonnement, Brato n’avait pas encore réagi à la mort d’un de ses hommes, le deuxième en deux jours en fait. Lorsque l’heure fut venue, Mili alla border son fils, Rig, un petit rouquin tout bouclé avec une bouille aussi têtue que sa mère. Alors qu’elle revenait s’asseoir face à moi et me fixait, je sentais qu’elle attendait quelque chose de moi. Cela n’a pas manqué. Continuer la lecture

Chapitre 9

Les villageois avaient veillé jusque tard dans la nuit. Alors que j’étais allé m’allonger, je pouvais les entendre parler à voix basse de tout ce que j’avais évoqué. Les discussions allaient bon train, chacun ayant un avis à donner, et je finis par m’endormir, bercée par les murmures. Lorsque je m’éveillais le lendemain, le jour était déjà levé et la hutte-dortoir était vide. Je sortis et pris la direction de la rivière, suivie par mon garde personnel qui surveillait les moindres de mes déplacements. Ma combinaison commençait à sentir vraiment mauvais et il était grand temps que je la nettoie, moi aussi, d’ailleurs. Par chance, ils savaient fabriquer du savon à partir d’huiles et de plantes, c’était cela de gagné que je n’aurai pas à faire moi-même. La rivière était à deux pas du village, comme c’est souvent le cas, et j’y parvins au bout d’un sentier. En chemin, j’avais croisé des travailleurs affairés à cultiver ou à ramasser des baies et du bois. Tous me saluaient d’un léger signe de la tête. Pour la première fois depuis longtemps, et malgré la situation, je ne me sentais plus seule. Il existait des gens qui savaient que j’existais, qui me voyaient, me parlaient et me souriaient. Continuer la lecture